22 novembre 2009

En guise d'intro

Chat bouillant se fout complètement de l'eau froide : Le droit du serf reprend du service.

En vue de commercialiser les bouquins sous format numérique, certains éditeurs ont entrepris de proposer des avenants aux contrats, offrant royalement l'équivalent des pourcentages papier, c'est-à-dire beaucoup moins que les traditionnels 50% sur les droits annexes... alors qu'il n'y a pas de distribution, que le coût de la diffusion devrait être très faible et que l'essentiel du boulot éditorial est déjà effectué. Bref, ce n'est pas seulement de l'arnaque, c'est de la spoliation.

Afin de ne pas créer de précédents regrettables ni laisser les tractations commerciales se mener dans notre dos, nous devons conduire une réflexion, la plus exhaustive possible, pour proposer collectivement un code d'usage, une marche à suivre, une norme, un avenant type, un outil de travail, une fin de non recevoir... bref, pour "aider" les éditeurs à négocier le virage du numérique sans imposer aux auteurs et à leurs ayants droit la gourmandise de parasites tiers (comme ils en ont pris l'habitude avec les diffuseurs et distributeurs des ouvrages papier... qui sont souvent dans le même groupe qu'eux), ni état de fait, ni conditions drastiques, ni indigence.

Il est peu probable que notre "assistance" soit appréciée, ni spontanément prise en compte, mais nous disposons d'arguments qui devraient nous permettre d'être entendus.
- Le nombre d'ouvrages "sous contrats d'édition" est faramineux.
- Ces ouvrages ne peuvent en aucun cas être commercialisés numériquement sans l'aval des auteurs ou des ayants droit.
- Les sommes actuellement en jeu sont minimes, ne se répercutant que très faiblement sur le portefeuille de l'auteur s'il ne parvient pas à s'entendre avec l'éditeur, mais l'enjeu à moyen terme est considérable. Or, dans de nombreux cas, ce "moyen terme" laisse  à l'auteur la possibilité de recouvrer le plein usage de ses droits pour les négocier avec des éditeurs (ou directement des diffuseurs) mieux-disants. D'ailleurs, si la France est (très) en retard dans le domaine, la volonté étatique d'équiper les élèves de liseuses, devrait rapidement faire éclater la bulle (d'où peut-être la précipitation éditoriale, groupe Gallimard en tête, après des années d'inertie).
- Les plateformes et les outils de diffusion numérique sont légion, donc potentiellement très concurrentiels.

Outre l'aspect purement financier des droits numériques, nous devons aussi veiller sur la durée contractuelle d'exploitation de ces droits, entre autres.

Ce blog est un lieu d'échange, alimentez-le. Il n'y a pas le feu, mais ce n'est pas vraiment le moment de différer le débat.

Pour ceux que cela concerne, ne signez pas les avenants qui vous sont aujourd'hui soumis. Vous n'avez rien à y gagner et nous y perdrions tous.

Ayerdhal

Posté par ledroitduserf à 17:45 - Commentaires [20] - Permalien [#]

Commentaires sur En guise d'intro

    United we stand !

    Salut à tous,

    J'abonde évidemment dans le sens de Yal et des deux Francis. Je pense qu'il est urgent de rédiger une lettre collective signée du maximum de plumes pour faire barrage à cette nouvelle arnaque sur le droit d'auteur. C'est à la fois crapuleux et inadmissible. Et de diffuser ça très amplement, sur le net et dans la presse papier (Piste parmi d'autres : je pense qu'on peut obtenir assez facilement de Frédérique Roussel à Libé un écho à notre démarche puisqu'elle est en charge de la Sf et des supports numériques).

    United we stand, divided we fall


    Alain Damasio

    Posté par Damasio, 22 novembre 2009 à 18:17
  • suggestions vite fait :

    Juste deux trucs auxquels je viens de penser :

    - ne pas oublier les auteurs jeunesse.
    - penser aux traducteurs

    à bientôt,

    Sylvie.

    Posté par Sylvie Denis, 22 novembre 2009 à 18:49
  • glups

    Une lettre ouverte, une pétition sont efficaces, en général...

    Posté par charlotte, 22 novembre 2009 à 19:01
  • Complément d'infos

    Sur le plan des droits numériques, je sais que:
    - les auteurs anglo-saxons (enfin leurs agents) ne les cèdent plus depuis des années, en attendant que le marché se stabilise. Donc le problème est largement au-delà de nos frontières, comme chacun sait.
    - la jurisprudence est, semble-t-il, un brin en retard là-dessus. Ça peut générer certains problèmes.
    - de nouveaux acteurs sont en train de faire leur apparition (je ne serais pas étonné qu'Orange fasse des offres de contenu incluant des livres numériques, par exemple). J'ignore ce qu'ils proposeront mais on sent que des armes se fourbissent. Les éditeurs qui ont imprudemment rendu les droits de bouquins anciens à plein d'auteurs comme nous doivent se les mordre.
    - La mise à disposition de l'oeuvre électronique est plus compliqué qu'on peut le croire, donc une rémunération de l'ordre de 25% à 30% pour l'auteur n'est pas nécessairement idiote si c'est fait par des gens sérieux et bien équipés. En dessous, c'est du foutage de gueule, au-dessus ça risque d'être du fanzinat électronique mal branlé. Et la mise à disposition de l'œuvre électronique sans qu'on puisse disposer de la contrepartie papier est une mauvaise idée, au moins pour les dix ans qui viennent (estimation à la louche). Après, faudra voir. Mais pour l'instant, pas mal d'expériences américaines semblent montrer que la disponibilité de l'œuvre électronique sert beaucoup aussi à ce que les gens achètent le bouquin papier après avoir essayé le fichier.

    Bref, il est essentiel de ne rien signer là-dessus, mais c'est tout ce qu'on peut dire, je pense. L'info essentielle est "ne signez pas, attendez".

    Posté par Dunyach, 22 novembre 2009 à 19:11
  • suggestions vite fait :

    Juste deux trucs auxquels je viens de penser :

    - ne pas oublier les auteurs jeunesse.
    - penser aux traducteurs

    à bientôt,

    Sylvie.

    Posté par Sylvie Denis, 22 novembre 2009 à 19:30
  • Quelques éléments pour réfléchir plus avant

    Bonjour à tous,

    L’édition numérique pose de nombreux problèmes.
    Déjà, parce que les éditeurs peuvent choisir de céder les droits à un tiers (on se situe donc de le cadre des droits dérivés), mais également de les éditer directement (on se situe là, dans le cadre du droit principal).

    Dans le cadre des droits dérivés, rien ne peut expliquer que les éditeurs « sollicitent » des auteurs et traducteurs qu’ils acceptent une réduction de leur taux de rémunération.

    En revanche, des points doivent absolument être validés avec les auteurs (cette liste n’étant certainement pas exhaustive) :

    - limitation de la durée des cessions de droits ;

    - garantie des suppressions des fichiers à échéance des cessions de droits ;

    - droit de regard des auteurs sur les supports des publications numériques (sites, environnement publicitaire…) ;

    - droit de regard sur les prix de ventes ? ;

    - protection des fichiers numériques ;

    - lutte contre les téléchargements illégaux...

    Le problème devient autrement plus complexe si on se place dans le cadre des droits principaux.

    Le schéma classique ne peut pas être plaqué sur l’édition numérique.
    Le travail éditorial est d’ores et déjà fait.
    La part diffuseur-distributeur (très importante à l’heure actuelle) sera forcément plus que réduite.
    Pour ce qui concerne les librairies en ligne, il va falloir compter avec les très gros poissons, tels Google, Amazon… qui ont un énorme pouvoir de négociation et un poids qu’on ne connait pas du tout dans le cadre de l’édition papier.
    Il est cependant peu probable que la part revenant au bout du compte, tous frais compris, à l’éditeur ne soit pas fortement accrue. C’est cette augmentation des bénéfices qui doit profiter aux auteurs/traducteurs.

    Il n’est donc pas concevable que les taux proposés pour l’édition numérique soient alignés à ceux de l’édition papier.
    Au minimum, le partage des bénéfices (donc en sus des pourcentages actuels) faits sur le schéma classique devraient être de 50%-50%.
    Les auteurs et traducteurs sont cependant largement sous-payés. Un pourcentage plus ambitieux pour eux serait une avancée vers une rémunération enfin plus décente du fruit de leur de travail.

    A nos calculettes !

    Cependant, le marché du livre numérique en est à ses premiers balbutiements.
    Les éditeurs, eux-mêmes, ne semblent pas savoir comment l’envisager et ce qu’ils pourront y gagner.

    Il semble donc nécessaire, en attendant que tout cela se mette réellement en route, de ne céder éventuellement ces droits que pour de très courtes périodes afin de pouvoir en renégocier les taux sans être obligé d’attendre pour cela 70 ans.
    Egalement d’y ajouter une clause spécifique d’obligation (pour l’édition numérique) d’exploitation du catalogue par l’éditeur.

    Mais il y a d’autres pistes : garder jalousement ces droits en attendant d’en savoir plus et, pourquoi pas, retourner au profit des auteurs / traducteurs l’arme de la concurrence.

    Restent des questions : que deviendra la notion « d’épuisement » dans l’équivalent numérique ; quel prix, pour le livre numérique ; quid du prix unique ?...

    Enfin, il n’est pas impossible qu’à terme les éditeurs obtiennent un pourcentage des ventes d’e-book, comme c’est le cas, par exemple, en musique, sur les ventes de CD vierge.
    Les auteurs et traducteurs ne devront pas être oubliés !

    Tiphaine

    Posté par Tiphaine Vilatte, 22 novembre 2009 à 20:38
  • Tour de la question

    Joëlle avait évoqué les réflexions de François Bon. On pourrait rapporter ici les avis, témoignages, conseils, utiles pour faire le tour de la question et réfléchir au meilleur moyen de faire des contre-propositions.
    Ne pas oublier les illustrateurs non plus. ça m'étonnerait que les ouvrages numériques soient sans couverture illustrée.

    Claude

    Posté par Claude Ecken, 22 novembre 2009 à 23:21
  • suggestions vite fait :

    Juste deux trucs auxquels je viens de penser :

    - ne pas oublier les auteurs jeunesse.
    - penser aux traducteurs

    à bientôt,

    Sylvie.

    Posté par Sylvie Denis, 23 novembre 2009 à 00:16
  • With my eyes...

    C'est vendredi dernier que j'ai reçu l'avenant ("Le syndrome de l'éléphant", 200. J'ai tout de suite écrit un courriel à G. Dumay pour lui dire que je ne signerai pas un tel contrat (pourcentage des droits d'auteur papier, pour la rétribution). 25%, (proposition unlitérale de Dumay à sa direction...), cela me paraît encore trop peu quand même.
    Ceci dit, je ne signerai pas tout court, puisqu'à partir du moment où mon roman serait numérisé, il serait piraté. Je travaille dans le domaine de l'informatique et, croyez-moi, je sais ce que vaut une protection DRM ou autre... Le téléchargement illégal ne favorisant (aux dires d'une étude) que les livres qui se vendent déjà bien, inutile de vous préciser que je ne pourrai jamais signer de tels avenants, sauf si, bien sûr, j'ai envie de me suicider littérairement. Bien sûr.
    Je ne signerai pas tout court, certes, mais je me battrai à vos côtés pour obtenir un pourcentage digne de ce nom.

    T; Di R.

    Posté par Thierry, 23 novembre 2009 à 11:25
  • numérique et piratage

    Bonjour à tous
    J'étais absent ce week-end (au salon du livre de Colmar) donc je ne prends connaissance de cette nouvelle croisade qu'aujourd'hui. J'avais également reçu cet avenant avant de partir, y avait jeté un oeil, aperçu un pourcentage ridicule et m'étais dit "bon on verra ça au retour". Eh bien, je vois, et j'adhère bien sûr à toute action visant à ne pas nous laisser enculer.
    Ceci dit, je suis également de l'avis de Thierry (Di Rollo) : qui dit édition numérique et diffusion sur le Net dit forcément piratage. Les DRM, c'est du pipi de chat pour les hackers, cf ce qui se passe en musique.
    Il est d'ailleurs intéressant de comparer avec ce qui se passe dans ce domaine, toutes proportions gardées évidemment (le volume de livres numériques diffusés n'atteindra jamais celui de fichiers musicaux à mon avis). Il y a ceux (les majors et les "stars" en gros) qui cherchent à tout prix à protéger leurs fichiers du piratage (DRM, loi Hadopi...)et ceux qui cherchent d'autres solutions : diffusion directe, souscriptions, éditions "physiques" des albums sous formes de collectors (belles pochettes, bonus, etc), voire téléchargement gratuit des versions de base, l'artiste prenant le parti de gagner sa croûte avec les concerts plutôt qu'avec les disques, ceux-ci servant du coup de supports promotionnels aux tournées !
    Bref, l'industrie du disque pédale encore dans la semoule concernant ce problème de diffusion sur le Net. Je me disais bien qu'un jour où l'autre ce problème allait se poser aussi pour le livre (quoique le Net ne tuera jamais le livre papier, en tout cas pas avant longtemps), eh bien voilà, on y est. Et c'est pas un petit problème genre "faut-il exiger 25 ou 50%", c'est tout le problème de la diffusion numérique et de sa quasi-gratuité possible qui se pose : dès qu'un fichier est numérisé et mis en ligne, il devient quasiment "public", quelles que soient les protections et astuces de diffusions (abonnements, mots de passe...) dont on l'entoure.
    Et là je vois pas de solution miracle pour le moment. Donc : wait and see, et ne signons rien.
    JM

    Posté par Jean-Marc Ligny, 23 novembre 2009 à 13:08
  • Offre et demande

    Je rebondis sur ce qu'ont dit Thierry Di Rollo et Jean-Marc Ligny, sur le fait de refuser d'être publié en numérique, parce qu'il n'existe pas de protection anti-piratage fiable.
    1er point - La diffusion chez les internautes de support de lecture va grandissant. Que ce soit au niveau des liseuse dédiées, mais surtout au niveau des iphones, netbooks etc.
    2nd point - j'ai téléchargé sur le réseau P2P il y a quelques temps un fichier contenant 150 "ebooks" au format PDF. Du Begbeder, l'intégrale de Werber, d'Amélie Nothomb etc. Alors même que les versions numériques officielles de ces ouvrages n'existent pas encore sur le marché. Ce qui veut dire que ces livres ont vraisemblalement été scannés + OCR. Et les PDF étaient de très bonne qualité, lisibles sur liseuse 6 pouce.

    Pour moi (mais je me trompe peut-être), même si un livre (voire un auteur) ne sera pas édité officiellement au format numérique par l'éditeur, la demande allant croissante, le piratage se fera forcément à partir de la version papier, avec des outils de scan de plus en plus performants, ou alors avec des versions PDF imprimeurs, piratés dans les boites aux lettres ou même chez les éditeurs eux-même.
    Donc je pense que refuser de se faire éditer au format électronique ne résoudra pas le problème de piratage

    Posté par Keff, 23 novembre 2009 à 14:30
  • So, we're dead...

    Pour rebondir sur les propos de Keff:
    si même les pirates ne sont pas rebutés par la tâche ingrate du scannage de plusieurs centaines de pages, alors nous sommes tous morts à moyenne échéance.
    Dans ce cas, autant refuser, en ce qui me concerne, puisque tels contrats ne généreront quasi aucun bénéfice. Mais encore une fois, je me battrai avec les autres.

    T. Di R.

    Posté par Thierry, 23 novembre 2009 à 15:12
  • Papier vers numérique pirate

    De toute façon, si un pirate à accès à ce genre de machine :
    http://zeutschel.k0v.de/kunde/kunde/zeutschel/jsp/newsDetail_fr.jsp?kundeId=zeutschel&zeilenId=5&jahr=2008
    ou encore à ça : http://www.book2net.net/fr/scanner-de-livres/
    dans une entreprise, une bibliothèque, médiathèque, la tâche ingrate de scannage en devient vite beaucoup moins pénible ...

    Posté par Keff, 23 novembre 2009 à 16:24
  • Numérique et piratage

    Plusieurs choses :
    - Les éditeurs actuels ne sont pas les acteurs du futurs pour l'édition numérique. Cela fait 10 ans qu'Amazon, Google et Apple créent les plateformes pour vendre du livre numérique, et ils vont faire payer cher l'accès à cette technologie. Faute d'avoir pris les devants quand ils le pouvaient, ils n'auront aucune liberté (et l'accord Google qui met hors-champs les éditeurs non-anglosaxons montre bien le peu de cas que Google fait des rodomontades francophones)
    - Le numérique implique une modification profonde des mécanismes d'accès aux textes, la manière de se faire connaître, le rapport entre auteur et lecteur. Tant que cet écosystème ne s'est pas stabilisé et mis en place, signer quelque chose, c'est s'enfermer dans une logique, au moment même ou tout bascule.
    - Il ne faut pas avoir peur du piratage. C'est un atout, pas un danger. Il permet de faire circuler beaucoup plus vite des textes. Ca fait partie de la promotion (pour faire simple). C'est pourquoi il faut encourager des méthodes d'accès et de ventes des textes numériques les plus aisées, et les plus faciles possibles. Le succès d'iTunes repose sur sa simplicité (un clic, un achat). Tout ce qui rend compliqué l'achat, c'est encourager le piratage.
    Le piratage est un faux problème, c'est comme accuser les bibliothèques et les prêts entre amis de ruiner la littérature. La SF étant une littérature fondamentalement basée sur le bouche à oreilles plutôt que sur les grands médias, le piratage fait partie de la chaîne.
    Il faut plutôt s'interroger sur la manière de créer des plateformes très accessibles, simples d'usage, par tous les moyens disponibles, sans limitation. Que l'utilisateur achète un livre numérique aussi facilement qu'une application pour iPhone ou une baguette de pain.

    Posté par Olivier Paquet, 23 novembre 2009 à 17:57
  • Il n'y a pas de solutions miracle contre la copie. Je pourrais vous expliquer des heures qu'un ordinateur est une machine à copier, cela ne vous aiderait pas.

    Il ne faut donc pas s'arrêter là. Scanner n'a jamais stoppé les fans et les pirates. Je le faisais avec des livres d'arts, il existe des machines pour scanner très rapidement des romans, et les logiciels de OCR (lecture informatisé) sont maintenant redoutablement efficace.

    Il faut donc ne pas rester spectateur, mais acteur: il faut vendre vite, bien et tout le temps.

    Concernant la musique, fut un temps où à chaque nouveau nom d'artiste, je pensais à la corvée d'aller dans une fnac, et je fouinais sur le net pour un "torrent" (p2p).

    Maintenant mon premier réflexe est d'acheter sur itunes via mon ordi ou directement sur mon iphone.

    Pensez y.

    -
    je reste encore consterné par le nombre incroyable d'oeuvres artistiques (bd, romans, séries télés, jeux), qui ne sont pas vendues officiellement en France, mais que pourtant je pourrais lire ou que des fans ont traduit.

    Leur importation est soit difficile (aucune boutique livre en France ou à prix d'or) soit génée (drm sur les jeux et films par exemple pour bloquer leur lecture sur des appareils français)

    Le piratage devient une justification morale pour toute une génération. Sauf quand une offre commerciale Facile et Efficace existe.

    Les comportements peuvent être changés si on propose quelque chose de constructifs aux consommateurs et passionnés. Apple et Amazon l'ont démontré.

    Posté par oomu, 23 novembre 2009 à 18:18
  • Numérique et piratage

    Plusieurs choses :
    - Les éditeurs actuels ne sont pas les acteurs du futurs pour l'édition numérique. Cela fait 10 ans qu'Amazon, Google et Apple créent les plateformes pour vendre du livre numérique, et ils vont faire payer cher l'accès à cette technologie. Faute d'avoir pris les devants quand ils le pouvaient, ils n'auront aucune liberté (et l'accord Google qui met hors-champs les éditeurs non-anglosaxons montre bien le peu de cas que Google fait des rodomontades francophones)
    - Le numérique implique une modification profonde des mécanismes d'accès aux textes, la manière de se faire connaître, le rapport entre auteur et lecteur. Tant que cet écosystème ne s'est pas stabilisé et mis en place, signer quelque chose, c'est s'enfermer dans une logique, au moment même ou tout bascule.
    - Il ne faut pas avoir peur du piratage. C'est un atout, pas un danger. Il permet de faire circuler beaucoup plus vite des textes. Ca fait partie de la promotion (pour faire simple). C'est pourquoi il faut encourager des méthodes d'accès et de ventes des textes numériques les plus aisées, et les plus faciles possibles. Le succès d'iTunes repose sur sa simplicité (un clic, un achat). Tout ce qui rend compliqué l'achat, c'est encourager le piratage.
    Le piratage est un faux problème, c'est comme accuser les bibliothèques et les prêts entre amis de ruiner la littérature. La SF étant une littérature fondamentalement basée sur le bouche à oreilles plutôt que sur les grands médias, le piratage fait partie de la chaîne.
    Il faut plutôt s'interroger sur la manière de créer des plateformes très accessibles, simples d'usage, par tous les moyens disponibles, sans limitation. Que l'utilisateur achète un livre numérique aussi facilement qu'une application pour iPhone ou une baguette de pain.

    Posté par Olivier Paquet, 23 novembre 2009 à 18:20
  • Histoire de rebondir sur les numérisations de livres, je peux aussi évoqué mon expérience de joueur de jeu de rôle. Il y a déjà dix ans de cela on trouvait des bouquins de JdR (en anglais en général) scannés sur le net.

    Autre exemple à relever : l'expérience de Peter Watts avec Vision aveugle, dont les ventes ont apparemment décollé outre-Atlantique quand Watts a mis son livre gratuitement à dispo sur le net.

    Enfin notons qu'il est d'autant plus scandaleux de proposer les mêmes pourcentages que pour le papier aux auteurs d'un côté, tout en vendant les ebooks à des tarifs proche du grand format (alors que parfois la version poche existe à bien moins cher).

    Posté par Herbefol, 23 novembre 2009 à 20:36
  • Histoire de rebondir sur les numérisations de livres, je peux aussi évoqué mon expérience de joueur de jeu de rôle. Il y a déjà dix ans de cela on trouvait des bouquins de JdR (en anglais en général) scannés sur le net.

    Autre exemple à relever : l'expérience de Peter Watts avec Vision aveugle, dont les ventes ont apparemment décollé outre-Atlantique quand Watts a mis son livre gratuitement à dispo sur le net.

    Enfin notons qu'il est d'autant plus scandaleux de proposer les mêmes pourcentages que pour le papier aux auteurs d'un côté, tout en vendant les ebooks à des tarifs proche du grand format (alors que parfois la version poche existe à bien moins cher).

    Posté par Herbefol, 23 novembre 2009 à 21:07
  • Le livre numérique à la portée de tous

    Bien que je persiste à penser avec Thierry que numérisation + diffusion en ligne = piratage, je suis également d'accord avec Olivier Paquet sur le fait qu'un achat facile et pas cher (à l'exemple d'iTunes) favorise également le téléchargement "légal" : payer quelques euros pour un téléchargement immédiat, sécurisé et en "top qualité" peut paraître plus séduisant (sauf pour les lecteurs très pauvres) que ramer parfois des heures sur du torrent aléatoire, pour éventuellement recevoir in fine un fichier corrompu ou vérolé par un virus...
    Je crois de toute manière que dans un premier temps, et dans le domaine qui nous concerne principalement, à savoir le roman (ou la nouvelle), le marché du numérique restera marginal. Va-t-on utiliser sa liseuse (ou son notebook, ou son iPhone...) au lit, à la plage, dans les transports en commun ? Le support papier va rester privilégié pour ce type de lecture, disons, non-interactive.
    En revanche, pour tout ce qui concerne les dictionnaires, encyclopédies, ouvrages techniques ou pratiques, etc, là oui, le numérique va décoller, car il offre une interactivité fort pratique pour des études ou recherches, objectifs principaux de ce genre de livres. A moins de repenser totalement la forme du roman en prenant en compte toutes les possibilités qu'offre la numérisation (navigation, hypertexte, multimédia, etc)... Là résiderait à mon avis l'intérêt du roman numérique, dans ces "plus" qu'il peut offrir et que n'aura évidemment pas la version papier (qui elle offre d'autres "plus" : le bel objet, la collection dans la bibliothèque, l'odeur de l'encre fraîche, la dédicace de l'auteur, le bouquin qu'on traîne partout...). A titre d'exemple, Stephen King avait fait l'expérience de vendre un de ses romans directement en ligne, pour la modique somme de 1 $. Il a fait un flop, car le piratage a été plus important que les ventes (même pour 1 $). Pourquoi ça n'a pas marché ? Je pose la question, je n'ai pas la réponse.
    Quoi qu'il en soit, la technologie existe, et le "progrès" étant ce qu'il est, le roman n'y échappera pas, à court ou moyen terme. Donc il convient dès à présent de ne pas se faire entuber. OK donc pour proposer/exiger/obtenir :
    - 25% de droits minimum sur le prix de vente HT en cas d'exploitation directe par l'éditeur
    - 50% en cas de cession des droits à un site dédié (Google, Amazon, FNAC etc)
    - une limitation dans la durée de 5 ans, renouvelable par tacite reconduction
    Voilà pour l'essentiel.
    Quant à la forme de la riposte, je pense à une lettre-type, éventuellement postée sur ce blog et téléchargeable par tout le monde, que chaque auteur concerné par ces avenants pourrait envoyer à son éditeur avec lesdits avenants - non signés - en lui demandant de revoir sa copie. La lettre-type peut même être signée collectivement, afin de montrer à l'éditeur que l'auteur n'est pas seul à grogner dans son coin mais que c'est un front commun...
    Qu'en pensez-vous ?
    JM

    Posté par OapTao, 24 novembre 2009 à 07:11
  • Piratage et publicité (exemple)

    Sur les rapports entre piratage et promotion, il faut parler un peu de ce qui s'est passé dans le manga pendant les années 90.
    A l'époque, il n'y a quasiment aucun éditeur, et ceux qui existent faisaient un travail merdique (planches mal imprimées, traductions approximatives). C'est là que sont intervenus les groupes de scanlation (contraction de scan et translation). Les fans se sont mis à scanner les chapitres qui paraissaient dans les revues de prépublication japonaises, et à traduire, le tout en un ou deux jours, puis à rebalancer l'ensemble sur le net.
    La qualité du travail était telle que certains éditeurs se sont même mis à utiliser le travail des amateurs (sans le dire, et sans les payer, bien sûr).
    Mais j'ai assisté à un phénomène intéressant vers 1998-1999. A l'époque, une série faisait beaucoup de bruit au Japon, une série sur le Go. J'en ai entendu parler, et j'ai commencé à la suivre en scanlation. On était nombreux à le faire.
    Un jour, un éditeur français a acheté la série et l'a vendue : le premier tirage du premier tome fut épuisé en une semaine.
    L'ensemble des fans avait créé le "buzz" autour de la série et créé l'attente.

    Je ne vais pas dire que la scanlation est parée de toutes les vertus, mais les rapports entre piratage et achats sont bien plus complexes qu'une simple opposition entre bien et mal. Si ces scanlations se sont développées, c'est qu'on ne trouvait rien en librairie, ou très en retard par rapport à la sortie japon.
    A mon avis, les ouvrages qui seront le plus vite scannés et piratés, seront des ouvrages anglo-saxons (parce qu'on doit attendre qu'ils soient achetés et traduits pour les avoir en France), avant les ouvrages français.
    On ne peut pas lutter par des moyens technologiques contre le piratage, parce que non seulement une protection est cassable, mais parce que les contraintes de cette protection sont un frein. En plus, comme les ouvrages papiers existent toujours, ils sont scannables, ocrisables en un temps très court.
    Même si les applications pour iPhone sont piratables, cela n'empêche pas l'Appstore de dégager des revenus, et pour certains développeurs d'en vivre. Pareil pour iTunes alors que la Mule existe toujours.
    On peut discuter pendant des années des volumes, de ce que l'on pourrait vendre EN PLUS, si les gens ne pirataient pas, le fait est qu'on en sait absolument rien (ceux qui piratent n'achèteraient pas forcément) et les éditeurs encore moins que les auteurs. C'est pour ça qu'il ne faut pas en avoir peur. Je ne crois pas que les gens achèteront des livres numériques légalement par charité ou par bonté d'âme, ils le feront parce que ce sera pratique, qu'ils pourront facilement transférer leur achat sur tout support adéquat, sans devoir faire une seule manipulation. C'est CA qui sera le plus gros frein au piratage.

    Posté par Olivier Paquet, 24 novembre 2009 à 09:47
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