23 novembre 2009

Pistes de réflexion

Bonjour à tous,

L’édition numérique pose de nombreux problèmes.
Déjà, parce que les éditeurs peuvent choisir de céder les droits à un tiers (on se situe donc de le cadre des droits dérivés), mais également de les éditer directement (on se situe là, dans le cadre du droit principal).

Dans le cadre des droits dérivés, rien ne peut expliquer que les éditeurs « sollicitent » des auteurs et traducteurs qu’ils acceptent une réduction de leur taux de rémunération.

En revanche, des points doivent absolument être validés avec les auteurs (cette liste n’étant certainement pas exhaustive) :

- limitation de la durée des cessions de droits ;

- garantie des suppressions des fichiers à échéance des cessions de droits ;

- droit de regard des auteurs sur les supports des publications numériques (sites, environnement publicitaire…) ;

- droit de regard sur les prix de ventes ? ;

- protection des fichiers numériques ;

- lutte contre les téléchargements illégaux...

Le problème devient autrement plus complexe si on se place dans le cadre des droits principaux.

Le schéma classique ne peut pas être plaqué sur l’édition numérique.
Le travail éditorial est d’ores et déjà fait.
La part diffuseur-distributeur (très importante à l’heure actuelle) sera forcément plus que réduite.
Pour ce qui concerne les librairies en ligne, il va falloir compter avec les très gros poissons, tels Google, Amazon… qui ont un énorme pouvoir de négociation et un poids qu’on ne connait pas du tout dans le cadre de l’édition papier.
Il est cependant peu probable que la part revenant au bout du compte, tous frais compris, à l’éditeur ne soit pas fortement accrue. C’est cette augmentation des bénéfices qui doit profiter aux auteurs/traducteurs.

Il n’est donc pas concevable que les taux proposés pour l’édition numérique soient alignés à ceux de l’édition papier.
Au minimum, le partage des bénéfices (donc en sus des pourcentages actuels) faits sur le schéma classique devraient être de 50%-50%.
Les auteurs et traducteurs sont cependant largement sous-payés. Un pourcentage plus ambitieux pour eux serait une avancée vers une rémunération enfin plus décente du fruit de leur de travail.

A nos calculettes !

Cependant, le marché du livre numérique en est à ses premiers balbutiements.
Les éditeurs, eux-mêmes, ne semblent pas savoir comment l’envisager et ce qu’ils pourront y gagner.

Il semble donc nécessaire, en attendant que tout cela se mette réellement en route, de ne céder éventuellement ces droits que pour de très courtes périodes afin de pouvoir en renégocier les taux sans être obligé d’attendre pour cela 70 ans.
Egalement d’y ajouter une clause spécifique d’obligation (pour l’édition numérique) d’exploitation du catalogue par l’éditeur.

Mais il y a d’autres pistes : garder jalousement ces droits en attendant d’en savoir plus et, pourquoi pas, retourner au profit des auteurs / traducteurs l’arme de la concurrence.

Restent des questions : que deviendra la notion « d’épuisement » dans l’équivalent numérique ; quel prix, pour le livre numérique ; quid du prix unique ?...

Enfin, il n’est pas impossible qu’à terme les éditeurs obtiennent un pourcentage des ventes d’e-book, comme c’est le cas, par exemple, en musique, sur les ventes de CD vierge.
Les auteurs et traducteurs ne devront pas être oubliés !

Tiphaine

Posté par Sara Doke à 14:55 - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires sur Pistes de réflexion

    Autres questions...

    Bonjour.
    - Quid de la vérification des ventes ? Quelles garanties avons-nous que les ventes annoncées sont exactes ?
    - Un pourcentage plus important... pour un prix de vente plus bas ! Le rapport économie du coût d'impression diffusion pour l'éditeur - augmentation du % sur une faible valeur de vente de l'auteur est-il équilibré ? En d'autres termes, même à 50 % ne va-t-il pas y avoir un glissement des proportions toujours défavorable à l'auteur ?

    Posté par Mizio, 23 novembre 2009 à 19:49
  • SGDL

    Avez-vous pris connaissance du travail déjà effectué par la SGDL et son président Alain Absire sur le sujet ?

    http://www.sgdl.org/la-documentation/les-dossiers/318

    Posté par Frédérique M, 24 novembre 2009 à 11:37
  • Oui, nous avons connaissance de ce qu'a produit la SGDL sur le sujet. C'est entre autres pour cette raison que nous avons remis le Droit du serf en service.

    Posté par Ayerdhal, 24 novembre 2009 à 11:48
  • Urgence

    Il est effectivement important de se pencher sur l’édition numérique et j’invite aussi tous les acteurs inquiets à réfléchir ensemble.
    Gilles Lanier explique diverses choses assez effarantes sur son blog (http://gilleslanier.typepad.fr/2eme_round/2009/11/en-chantier.html) et en particulier l’absence de réflexion des éditeurs face au numérique. Je pense qu’auteurs, libraires et autres acteurs de la chaine du livre doivent se mobiliser pour interpeller le monde de l’édition avant qu’il ne soit trop tard. Car effectivement, amazon, google and c° poussent au portillon et quand ils auront verrouillé les canaux du numérique, ils poseront leurs conditions d’accès aux éditeurs et là, il sera trop tard pour tout le monde. Alors allons-y, unissons nos forces et poussons pendant qu’il en est encore temps…

    Posté par christophe, 25 novembre 2009 à 11:37
  • basic instinct

    Bonjour,
    J'ignore si je suis au bon endroit ou si le moment est approprié pour fournir une telle réflexion, mais plusieurs questions me taraudent :
    - Le "coeur de cible " de votre débat me semble fortement orienté SF. C'est tout à votre honneur, ceci dit. Je lis ici ou là : quid des auteurs jeunesse ? Quid des illustrateurs ? Des traducteurs ? Poser la question en terme de corporations (SF ou polar ou "blanche" ou française/étrangère, ou auteurs édités à compte d'éditeur vs circuits parallèles ou littérature adulte/littérature jeunesse...), c'est déjà y opposer, en filigrane, une fin de non recevoir. Together we stand, divided we fall, dit très justement Damasio. Oui, bien entendu. Mais de quel "together" s'agit-il ?
    - Di Rollo (salut, Thierry), quant à lui, indique fort judicieusement : so we're dead. Ce qui amène ma question suivante : combien d'entre nous, si demain le piratage éditorial devenait monnaie courante, si les systèmes d'édition traditionnel venaient à chuter, si l'industrie telle que nous la connaissons périclitait, si les droits d'auteurs se réduisaient comme peau de chagrin (c'est déjà un peu le cas) continueraient à écrire ? Cela empêcherait-il les aspirants écrivains, j'entends ceux qui ne peuvent pas faire autrement que de s'exprimer par l'écriture, de continuer à affluer ? Le romancier - émancipé de l'asservissement ô combien pervers et délicieux des avances et des droits - serait-il disposé à continuer travailler "pour rien" ou à tout le moins pour autre chose que de l'argent ? Une fois que l'on a regardé au fond de soi et éclairci cette question, peut-être le problème des droits dérivés, des pourcentages, de la "protection" devient-il accessoire ?

    J'appartiens plutôt au "genre" polar (j'espère que la volée de bois vert que l'on m'administrera peut-être ne proviendra pas de cette seule hérésie), mais votre réflexion me touche particulièrement parce qu'elle rejoint celle de l'auteur en général et de ce qu'il désire faire de "son" texte : en vivre ? le diffuser ? s'en servir comme moyen d'expression simplement ? Qu'il s'agisse des ténors de l'industrie du disque, de celle du cinéma ou de celle de l'édition, il me semble qu'on oublie (ou que l'on ne sait que trop bien, c'est selon) un axiome fondamental : des gens pour écrire, jouer d'un instrument, faire des films, et pour le faire gratuitement, il y en aura toujours. Partout.
    Une réflexion - pas inutile, attention - sur la manière de devancer les nouvelles technologies en y adaptant plus ou moins les vieux modèles marchands de la propriété intellectuelle n 'est-elle pas entachée d'un faux postulat ? Que les organes de diffusion - traditionnels ou émergeants - se sucrent sur le dos des auteurs, que l'écrivain soit le dernier maillon de la chaîne, le plus mal payé, ce n'est pas une nouveauté. Et ceci est aussi valable dans le milieu de l'audiovisuel. Que la situation s'aggrave et que les responsables du système s'étouffent sous le poids de l'agent amassé, la belle affaire. Voulons-nous une part du gâteau ou sommes-nous motivé par un intérêt supérieur, supposément plus noble ? Prolonger les anciens modèles de répartition - c'est à dire refuser, par des moyens collectifs qui trouveront toujours leur aboutissement au sein d'une négociation strictement individuelle : le rapport éditeur/auteur étant par essence, en tout cas en France, un rapport personnel -, n'est-ce pas perdre le combat, si combat il y a, d'avance ?
    Je n'ai pas de réponse franche à ce sujet. Vous aurez compris que je me contente d'exposer le problème et que, de toute manière, votre initiative rencontre ma sympathie. En outre, si d'aventure un projet formalisé devait naître de la discussion, pour paradoxal que cela paraisse et pour peu qu'un "polardeux" ne fasse pas tâche dans le tableau, count me in, comme dirait l'autre.
    Antoine Chainas.

    P.S : Pour prolonger la réflexion, certains d'entre vous pourront éventuellement consulter le post d'un autre confrère : http://www.pourpres.net/marin/ qui relaye, à sa manière et en abordant un point que je n'ai pas, à dessein, évoqué ici, l'information.

    Posté par Chainas, 07 décembre 2009 à 18:39
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